samedi 9 novembre 2013

Gravity : les zozos de l'espace

Sandra Bullock fait psshht pshht dans l'espace et joue à saute-moutons entre les stations spatiales. George "what else" Clooney fait trois vannes et disparaît. C'est bien les hommes, ça.

Caméra virtuose, lit-on un peu partout. C'est bien le problème. De la virtuosité à défaut de talent. Le vrai cinéaste ne montre pas, il suggère. Et le problème de Gravity est qu'il montre tout. Le gros plan d'une tête coupée en deux, merci pour la classification "grand public" au passage. Une pluie de débris spatiaux chuinte crescendo comme l'attaque d'un Pokémon. Est-ce cela, l'exactitude scientifique tant célébrée ? Une station chinoise gronde même dans le vide, comme la clim' du Bambou Impérial, le restau au coin de la rue (formule Buffet Bonheur à 9 euros 50).


Suspens inouï, a-t-on dit. "Inouï" n'est sans doute pas le mot tant ce film prétend nous surprendre à coups de décibels. Souligner l'action en faisant passer la bande son de 10 à 100 décibels en une milliseconde est précisément ce que l'on ne fait pas quand on maîtrise l'art du suspens. Le procédé est non seulement éculé, il est malhonnête. La vraie angoisse est un sentiment de l'intime. N'importe quel gamin de 5 ans sait faire sursauter son monde en tournant le bouton de l'ampli de Papa. Mais si l'on peut baffer le morveux, on regrettera de ne pas pouvoir se rendre sur le champ à Los Angeles pour engueuler les frères Cuaron.

Quand Alfonso Cuaron ne joue pas avec le potentiomètre, il a l'idée géniale de nous faire subir un sombre magma sonore pompé sans doute sur Qui veut gagner des millions, quand l'invité se délite sous le regard de Jean-Pierre.

Mais ce n'est pas son dernier mot. Pour les scènes sans action - il y en a, notamment quand Sandra Bullock (qu'est devenue sa verve de Demolition Man ?) médite sur sa fin prochaine - Alfonso (je suis sûr qu'il ne m'en voudra pas de l'appeler par son petit nom) a déniché une petite mélopée intimiste qui n'est pas sans rappeler Caramelli et ses violons gluants - à moins que ce soit la bande son de Intouchables, cette autre prestigieuse catastrophe industrielle du 7e art.

Gravity est donc dans tous les sens du terme un film du vide. L'hommage à Kubrick, quand l'héroïne reprend son souffle en position fœtale, laisse songeur : "J'ai cru voir glisser sur une fleur une longue limace" aurait pu soupirer Cyrano depuis un Empire de la Lune.

Pourtant les scènes où Sandra Bullock découvre les stations spatiales désertées auraient pu donner un autre sens à ce pensum galactique. L'incroyable bordel des lieux abandonnés, les saletés de machines qui s'emballent et qu'il faut rappeler à la raison par une taloche, la faillite technologique qui s'installe alors que sombre sans rémission l'illusion d'un progrès irréfragable - voilà qui aurait pu donner une toute autre dimension à cette guirlande de poncifs survitaminés.

Mais voilà, Alfonso n'a pas pensé explorer ce filon fertile et ce virtuose de la chose filmée a accouché d'un machin tape-à-l'oeil et désespérément creux.

Où allons-nous si même l'espace respire le kitsch ? En tout cas, certainement pas au cinéma.

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